Né à Florence de la famille des Benizi, pratiquement à l’époque où prend naissance l’Ordre des Servites, Philippe reçoit dès sa jeunesse une éducation solide et équilibrée: une formation tant intellectuelle que spirituelle.
Sa vocation chez les Servites semble liée à une vision liturgique et à une apparition nocturne de la Vierge glorieuse. En pleine maturité humaine, il abandonne les affaires du monde, la politique et les ambitions pour recevoir de Bonfils, le saint prieur de Cafaggio, l’habit de l’Ordre selon l’humble condition de frère convers. Sa grande culture ne peut rester longtemps cachée. Docile à la volonté de Dieu, il se plie à l’exhortation de ses frères : il professe les vœux évangéliques, reçoit les Ordres majeurs et le sacerdoce ministériel.
À Florence, le 5 juin 1267, en son absence, il est élu cinquième prieur général par les frères réunis en Chapitre général. Dans un esprit de service, il accepte et assume cette tâche … jusqu’à sa mort. Au fil des ans, il gouverne l’Ordre avec un extrême équilibre; il le fortifie avec une première législation pleine de sagesse et le défend avec tenacité contre les menaces de suppression. Il le rend célèbre par la sainteté de sa vie, accueillant un grand nombre de frères dont il devient le maître et le modèle de vie évangélique et de service de la Vierge Marie.
Sa figure chez les Servites ressemble un peu à celle de Bonaventure pour les Franciscains. Un véritable père– au même titre que les premiers frères - : organisateur, protecteur et propagateur.
La très ancienne Legenda de saint Philippe raconte que, lorsqu’il était convers au couvent de l’Annonciation à Florence, le saint homme fut envoyé par ses Supérieurs à Sienne en compagnie du frère Victor, laïc lui aussi. Sur la route, les deux hommes rencontrèrent deux frères Prêcheurs venant de l’étranger (Allemagne). Fascinés par l’habit de Victor et de Philippe, les dominicains les interrogèrent – en latin sans doute – sur le genre de vie qu’ils menaient et sur l’identité de leur Ordre. Avec humilité et sagesse, l’homme de Dieu répondit :
Si c’est notre patrie qui vous intéresse, sachez que nous sommes de cette région (= Toscane); si c’est notre identité, sachez que nous nous appelons les Serviteurs de la Vierge glorieuse, dont nous portons l’habit de veuvage, de deuil; nous menons une vie qui s’inspire de celle des saints apôtres, et nous nous engageons à observer la Règle du saint et grand docteur Augustin.
Au cours d’un voyage, en 1285, il meurt à Todi, vraisemblablement le 22 août, dans le couvent le plus pauvre de l’Ordre. Son corps repose encore aujourd’hui dans cette ville. On raconte que sur son lit de mort, le saint homme parla de son crucifix comme du livre vivant duquel il avait tout appris.
Enfin le 12 avril 1671, sous le pape Clément X, Philippe devient le premier frère Servite à être inscrit au nombre des saints. Une statue de marbre est érigée l’année même de sa canonisation devant la basilique vaticane. En 1684, il est le premier servite à figurer dans le Calendrier romain.