Le 8 novembre 2008, à l’occasion de la 2e Rencontre de Spiritualité servite, qui se tenait à l’église Saint-Stanislas de Montréal, le frère Paul-André Mailhot a donné un entretien portant sur L’AMITIÉ, le charisme des Servites de Marie.
Voici les 2 premières parties de cet entretien. – 1. Identité des figures fondatrices. – 2. Charisme, A) Qu’est-ce qu’un charisme? B) Une interrogation : Pourquoi y–a-t-il un nombre important de communauté et d’associations servites ?
Les parties 3 et 4 ainsi que la conclusion feront l’objet de 2 publications ultérieures.
3. Le charisme fondateur des Servites.
4. Réflexions et Conclusion
CHARISME ET LES SAINTS FONDATEURS DES SERVITES
L’intention de l’entretien veut permettre de saisir et mieux comprendre le charisme fondateur des Servites et d’éveiller plus d’enthousiasme pour le réaliser aujourd’hui.
C’est un fait que dans la vie et le fonctionnement des Ordres, des communautés et des «associés», les membres se réfèrent aux figures fondatrices qui leur ont donné naissance. Pourquoi ? Parce que c’est du cœur de l’expérience humaine et spirituelle des figures fondatrices, de leur vivant comme après leur mort, que leurs disciples héritent de leur charisme la spiritualité, la mission et la forme de vie qui leur est propre.
Quatre points précis retiennent l’attention : 1) l’identité sociologique des figures fondatrices : 2) qu’est-ce que le charisme ? 3) le charisme des SS fondateurs servites et enfin, 4) quelques réflexions.
1. Identité des figures fondatrices
A) D’un point de vue sociologique, les fondateurs sont des personnes qui prennent l’initiative de créer et d’organiser une œuvre susceptible de motiver des personnes et qui devra subsister après elles. Définition élémentaire et fonctionnelle.
B) Mais peut-on être plus spécifique quand il s’agit des figures fondatrices d’une communauté religieuse ? Nous observons que les personnes fondatrices rassemblent un noyau de disciples à qui leur sont donnés un projet évangélique, une spiritualité, une mission et une forme de vie communautaire qui leur est propre. Sont évidemment compris les conseils évangéliques ou du moins, pour les membres associés, une manière de la considérer et de les vivre.
Habituellement, les communautés religieuses ont une personne fondatrice à leur origine. Cependant, pour ce qui concerne les Servites de Marie, les fondateurs attribuent à la Mère de Dieu la fondation et l’existence de l’Ordre parce qu’elle est Refuge, Mère et Dame (LO 7) et qu’elle en est l’inspiratrice et donc à l’origine des Servites (id). Cela nous amène à reconnaître que, pratiquement, à l’origine, ils sont sept (7) et sont considérés comme des «figures fondatrices plurielles».
C) Au plan théologique, les figures fondatrices sont les dépositaires du CHARISME fondateur et du CHARISME de la fondation. Charisme fondateur : c’est l’idée, le projet initial, disons mieux : l’inspiration originelle. Le charisme de fondation est la mise en œuvre, l’organisation concrète et la mise en route des disciples, Les figures fondatrices sont donc celles qui reçoivent dans la foi le don de Dieu qui leur est fait en vue de la mission en faveur de tous ceux et celles que Dieu aime. C’est une mission «salvatrice» greffée sur le projet rédempteur de Dieu accompli par le Christ.
2. Charisme
Il ne faut pas oublier que le charisme fondateur d’une communauté religieuse est lié à la vie consacrée. La profession des conseils évangéliques est la forme de vie stable à la suite du Christ et sous l’action de l’Esprit-Saint. C’est ainsi que la personne se donne totalement à Dieu aimé par-dessus tout. C’est à un titre particulier pour la gloire de Dieu, l’édification de l’Église et le salut de tous les humains afin qu’advienne le royaume de Dieu. Manifestation du «déjà» et du «pas encore».
A) Qu’est-ce qu’un charisme ?
Dans la littérature profane grecque, charisme signifie «don» «don gracieux» «cadeau» comme chez Philon d’Alexandrie.
Dans le Nouveau Testament, le mot apparaît 17 fois. Il conserve son sens grec mais il ajoute le sens de «faire plaisir», «accorder une faveur» (1 P 4, 10). Cependant, il faut reconnaître que Paul a «forgé» le mot charisme en lui donnant ses nuances, sa profondeur et son dynamisme qui l’enrichissent.
a) Le charisme est d’abord perçu comme un «don de Dieu». Il est lié à l’une ou l’autre des personnes divines. Dieu est présenté comme le dispensateur des dons (1 Co 12, 18). En Ep 4, 7-11, c’est le Christ qui accorde les charismes. Mais le plus souvent, c’est à l’Esprit-Saint que les charismes sont rapportés comme en 1 Co 12, 4, 7-11 :
« Il y a certes diversité de dons spirituels, mais c’est le même Esprit (….) à chacun la manifestation est donnée en vue du bien commun. C’est l’unique Esprit… distribuant ses dons à chacun en particulier et comme il l’entend.»
b) Les charismes sont donnés à une personne en particulier selon le bon plaisir de l’Esprit.
c) Les charismes sont des dons libres et gratuits de l’Esprit-Saint. Or nul ne peut les acquérir par soi-même quel que soit son désir et tous les efforts déployés. «Car mes pensées, ne sont pas vos pensées, dit le Seigneur.» (Is 55, 8)
d) Les charismes sont donnés pour la croissance et le service de l’Église (cf Comparaison avec le corps humain en 1 Co 12, 4 ss). Enfin Paul insiste que «la charité préside à l’ensemble des charismes.»
Il faut retenir que les charismes sont donc des dons «gracieux» de Dieu ; ils sont donnés librement et gratuitement ; ils sont multiples et variés. Ils sont accordés à des personnes selon ce qu’il a déterminé ; ils ont pour objectif l’édification et la croissance du Corps du Christ qui est l’Église.
B) Une interrogation : Pourquoi y –a-t-il un nombre important de communauté et d’associations servites ? Pourquoi y a-t-il tant de communautés dans l’Église ?
Beaucoup se posent cette question même aujourd’hui. La diversité des formes de vie ne relève pas d’abord de circonstances historiques, de normes juridiques particulières, ni d’une situation complexe d’un milieu précis, ni d’une idée originale d’une personne quelconque. Mais cela appartient à la variété des charismes donnés par l’Esprit pour l’Église. Les dons sont variés et nombreux. C’est pourquoi il y a tant de communautés dans l’Église. Le Concile Vatican II affirme que «pour le bien de l’Église», celle-ci demande que les communautés religieuses aient leur caractère propre d’où l’importance de mettre en lumière et de maintenir fidèlement l’esprit des fondateurs, leurs intentions particulières de même que les saines traditions qui constituent l’ensemble du patrimoine des communautés (PC 2b). Le charisme des Fondateurs se révèle comme une expérience et une manifestation de l’Esprit transmises à leurs disciples d’hier et d’aujourd’hui pour être vécues par eux, gardées, approfondies, développées constamment en harmonie avec le Corps du Christ en perpétuelle croissance. (ET,11) D’où l’importance de savoir bien lire les signes des temps selon les critères propres de la vie des communautés en particulier. Et non pas se remodeler sur les autres communautés et encore moins s’ajuster aux critères et aux influences de la société.
Pour les Servites, le charisme fondateur est un don de Dieu fait librement et gratuitement, selon son désir, aux figures fondatrices. Il s’enracine dans une expérience spirituelle et habilite les personnes qui le reçoivent à le transmettre et à lire les signes des temps de manière à répondre aux besoins de l’Église et du monde. Dès les débuts d’un Ordre ou d’une communauté, le charisme attire des disciples. C’est un critère jugé important pour la reconnaissance et l’approbation. Quelque soient les motifs pour lesquels le charisme n’attire plus de disciple, l’Ordre ou la Communauté se désintègre là où l’un ou l’autre sont implantés.
Notez-bien
Les parties 3 et 4 ainsi que la conclusion de cet entretien feront l’objet de 2 publications ultérieures.