Le père Jean-Marie Watier,
 de l’Ordre des Servites de Marie et son œuvre




1897 - 1968

Henri Watier, fils de Joseph-Alfred Watier et de Marie-Louise Francoeur est né le 29 septembre 1897 à Ste-Anne de Bellevue, riante localité baignée par le Lac St-Louis et le Lac des Deux-Montagnes. De son père, il hérite un tempérament ferme et décidé. Il tient de sa mère une sensibilité prévenante qui le rapproche des gens.

Lors de sa première communion, il confie à sa mère trois grands désirs qu’il espère réaliser : être prêtre pour avoir beaucoup d’enfants, voir le pape et enfin lui acheter une belle robe rouge avec sa première paie

Henri Watier fréquente l’école primaire Saint-Georges de Sainte-Anne-de-Bellevue.  Ensuite, comme il fallait à l’époque connaître le latin et le grec pour devenir prêtre, ses parents l’inscrivent au Collège Bourget de Rigaud, tenu par les Clercs de Saint-Viateur, où il entreprend les études classiques. La présence d’une grotte de Lourdes dans la montagne à l’arrière du Collège va alimenter la piété mariale du jeune adolescent. Cela marquera toute sa vie d’homme, de Servite et de prêtre.

Le premier cycle des études classiques terminé, il opte pour la prêtrise.  Il entreprend alors ses études de philosophie chez les Sulpiciens du Grand Séminaire de Montréal. C’est là qu’il fera la rencontre de deux Servites de Marie dont la communauté est récemment arrivée au Canada.





Comme sa vocation mariale ne fait pas de doute, il demande à être admis dans cet Ordre. Les défis qui l’attendent ne le décourageront pas. À l’automne 1924, il quitte le Canada :  il doit se rendre en Italie pour aller vivre son noviciat au Couvent du Mont-Senario situé dans les montagnes en banlieue de Florence. Cet endroit magnifique est considéré comme le berceau de l’Ordre. Il émet ses vœux solennels à l’âge de 31 ans, le 26 juillet 1928, fête de Sainte-Anne, la patronne de son village natal. Il est ordonné prêtre le 22 décembre 1928, à Florence et y célèbre sa première messe solennelle en la Basiliquede la Santissima Annunziata, le 25 décembre, fête de Noël..

De retour au Canada on lui confie la tâche de réorganiser le Juvénat Saint-Alexis(1) en le nommant père-maître, ou directeur de la vingtaine d’élèves. C’est la «pépinière» de la province servite canadienne. Durant six ans il remplit cette charge avec courage et générosité. Mais le Seigneur et la Vierge Mariele préparent pour une mission de salut.

En 1937, Mgr François-Xavier Ross, évêque fondateur du diocèse de Gaspé, s’adresse aux Servites de Marie avec une demande bien précise : il cherche des religieux pour prendre en charge la paroisse de St-Majorique-de-Fontenelle où il y a eu excommunication et schisme collectifs (2). L’évêque détachera aussi une portion du territoire de la paroisse de Gaspé plutôt déshéritée, Pointe-Navarre, pour la confier aux Servites.

 

C’est ainsi que le 30 avril 1938, après un long voyage en train, le père Jean-Marie Watier s’amène à St-Majorique. Le 8 mai 1938, il célèbre la première messe à Pointe-Navarre, sur le bureau de l’institutrice dans la minuscule écoleBlanche située aux abords du pont de bois qui traverse la rivière Dartmouth,là où elle se jette dans la Baiede Gaspé. Le père a déposé sur le bureau une statue de Notre-Dame des Sept Douleurs (3).

Le père Watier et les compagnons qui se joindront à lui au cours des années se dépensent avec zèle au service de tous leursparoissiens mais le sort des résidents de Pointe-Navarre le touche  particulièrement. Il demande donc à Mgr Ross la permission de construire une chapelle sur ce territoire. L’évêque renchérit sur la proposition : il offre aux Servites de Marie le terrain sur lequel ils devront ériger «une chapelle qui sera sanctuaire marial diocésain». Fort de cet encouragement, le père Watier réussit à mobiliser suffisamment de paroissiens pour qu’on se lance dans l’aventure qui débutera officiellement le 17 avril 1939 alors que le père célèbre la messe dans la forêt sur le site du chantier où on va couper le bois pour la construction de la chapelleOn a placé l’autel portatif sur le banc de scie ronde. Au son de l’Angelus, en la fête du Sacré-Cœur, le 16 juin suivant, c’est le début de la construction sur un terrain acquis à cet effet. La première messe est célébrée dans la chapelle le 15 août 1940. Il semble que ce soit plutôt à Noël 1939.

 

Le père Watier, les confrères, les Sœurs Saint-Paul-de-Chartes arrivées à St-Majorique  à l’automne 1939, et de nombreux bénévoles font la navette pour se rendre à la chapelle, y travailler, y prier. En 1946, on construit le monastère-presbytère. Le père Watier sera le premier Servite à y résider à partir du 31 août 1946. L’année suivante on édifie le couvent-école des Sœurs du Saint-Rosaire.

 
Dès les premiers pèlerinages et depuis lors,de nombreuses faveurs sont obtenues. Marie, Mère des Douleurs et de la Compassion se sent chez elle dans cet humble sanctuaire. Le père Jean-Marie Watier s’est donné généreusement à cette œuvre. Il a parcouru le diocèse de Gaspé, plus spécialement la partie nord, pour  participer aux « 40 heures », pour prêcher des « Heures Saintes » et des Triduums. Il a remplacé tant et tant d’aumôniers absents, decurés malades pour entendre les confessions, pour célébrer des mariages ou réunir des couples brisés, pour écouter les plaintes des uns et les gémissements des autres, sécher les pleurs de ceux-ci et célébrer des neuvaines de messes pour ceux-là.


Animé par sa  confiance inébranlable en « la Bonne Sainte-Vierge», il est doté d’une piété filiale envers Notre–Dame des Douleurs qu’il appelait aussi Notre-Dame des Malades. Au début, alors que la guerre de 1939-1945 sévissait et qu’il portait à cœur la première mission de réconciliation donnée par Mgr. Ross, le père Watier, aurait souhaité que le sanctuaire porte le nom de Notre-Dame de la Paix. Mais les autorités en ont décidé autrement.  Que de Chemins de Croix et de Via Matrisn’a-t-il pas animés?

Atteint de cancer, souvent alité à l’Hôtel-Dieu de Gaspé, où les Hospitalières Augustines de la Miséricorde prenaient grand soin de lui, le père Watier continuait à recevoir d’innombrables visiteurs, serein, souriant, habité par son amour pour « le Bon Dieu ». Il s’est éteint paisiblement le 21 août 1968.

 

 

 

 

                  « Que mes funérailles n’aient rien de triste, 
                           rien de lugubre, rien de noir,
                               que ce soit comme un
                          des plus beaux pèlerinages à la
                                     Sainte Vierge! »




Il repose maintenant dans la Chapelle du Souvenir, située près du Sanctuaire.  Ce lieu sacré est aussi la Chapelle des luminaires du Sanctuaire. Les gens vont en grand nombre se recueillir sur son tombeau, y allumer des lampions, y laisser leurs intentions de prières les plus variées (4).

 

 

 

Les Servites de Marie de la Province canadienne, n’ayant plus le personnel suffisant pour assurer la présence au Sanctuaire, se sont retirés définitivement le 31 août 2003, après 65 ans de présence en Gaspésie. C’est maintenant une corporation de laïcs animée par les Sœurs Saint-Paul de Chartres qui poursuit l’oeuvre débutée bien modestement par le père Jean-Marie Watier.

Le Sanctuaire porte désormais le nom de : Sanctuaire diocésain Notre-Dame de Pointe-Navarre.  Pour en savoir plus… Sa mission est d’accueillir et d’écouter avec compassion toute personne souffrante en lui offrant un lieu de réconfort et de libération.

C’est ainsi que le Sanctuaire prolonge la mission que son fondateur, le Père Jean-Marie Watier de l’Ordre des Servites de Marie, a poursuivie pendant plus de trente ans. Ainsi, la Chapelle du Souvenir accueille toujours de nombreux visiteurs et pèlerins qui trouvent auprès de son tombeau un lieu de silence, de paix et d’espérance.

 

Les pèlerinages, les séjours en ermitage, les différentes rencontres de prière et de ressourcement sont autant d’occasions de nourrir la vie spirituelle des usagers.

 

 

Mission accomplie. Il y aurait encore beaucoup à dire sur les innombrables faveurs et même sur plusieurs guérisons attribuées à l’intercession du Père Jean-Marie Watier. Précisons ici un seul point : nous pouvons affirmer que les personnes impliquées dans l’excommunication et le schisme « de l’abbé D’Anjou », y compris M. Réal D’Anjou lui-même, se sont toutes réconciliées  avec l’Église avant de mourir.




Extrait du testament spirituel du Père Watier

« Un vrai missionnaire n’a pas de plus grand bonheur que celui de se dépenser le plus longtemps possible auprès de ses ouailles – d’y mourir à la tâche et, si possible d’y dormir le dernier sommeil et de les attendre tous pour le grand réveil. 

« Si telle est la volonté des Supérieurs – c’est ce que j’ai toujours rêvé – me donner, me dépenser – tomber à l’Autel pour eux et y reposer dans la Chapelledu Souvenir aux pieds de Notre-Dame.

« Je ne demande pour moi que l’Infinie Miséricorde du si Bon Maître. Que Notre-Dame me présente à Lui.

« Si j’ai pu blesser ou offenser, je demande l’indulgence de leur plus généreux pardon. Je ne me souviens que de leur  bonté et de leur collaboration à Pointe-Navarre. »

 
 


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(1) Le juvénat est l’équivalent d’une école secondaire spécialisée. En plus d’y enseigner le latin et le grec, on y vivait dans un climat religieux évident.

(2) Après bien des péripéties, Mgr Ross a excommunié le curé de cette paroisse ainsi que les fidèles qui lui ont été solidaires.

(3) Les Servites étaient alors considérés comme les grands propagateurs de la dévotion à Notre-Dame des Sept Douleurs.

(4) Détruite par un incendie en juillet 2003, quelques semaines avant que les Servites de Marie ne quittent définitivement  le Sanctuaire, la Chapelle du Souvenir a été reconstruite. Elle est toujours bien fréquentée.




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